SDAI en EMS et bâtiments médicalisés : exigences spécifiques en Suisse
Les EMS, hôpitaux et établissements médicalisés ont des exigences SDAI renforcées. Détecteurs, scénarios d'évacuation, asservissements et organisation.

Pourquoi les EMS et hôpitaux sont un cas particulier
Les EMS (Établissements Médico-Sociaux) et hôpitaux concentrent des personnes à mobilité réduite ou non-autonomes, dont l'évacuation est impossible ou très lente. La protection incendie ne peut pas reposer sur l'évacuation rapide, elle doit contenir le sinistre sur place le temps d'organiser un transfert.
C'est pour cela que les exigences SDAI y sont parmi les plus strictes de Suisse.
Le cadre normatif
D'abord : de quel « établissement d'hébergement » parle-t-on ?
Le vocabulaire normatif suisse classe les établissements d'hébergement en trois types, et c'est cette classification qui commande presque tout le reste. Le type [a] désigne les établissements (hôpitaux, EMS, homes médicalisés) hébergeant au moins 20 personnes tributaires de l'aide de tiers, c'est-à-dire incapables de s'évacuer par leurs propres moyens. Le seuil de 20 personnes est un seuil de définition (norme de protection incendie AEAI, art. 13), pas un seuil d'obligation d'équiper : il sert à savoir dans quelle case on tombe.
Les types [b] (hôtels, pensions, foyers, centres de vacances hébergeant des personnes autonomes) et [c] (cabanes, refuges) suivent, eux, des seuils d'équipement distincts.
Ce que cela déclenche
- DPI 20-15 § 2.2.2 al. 1 : les établissements d'hébergement [a] doivent être équipés d'une installation de détection d'incendie avec surveillance totale. C'est une obligation directe, sans seuil de niveaux ou d'occupants, contrairement aux types [b] et [c], soumis aux seuils de l'al. 2 (plus de 50 personnes sur deux niveaux, plus de 30 personnes sur trois niveaux ou davantage).
- DPI 21-15 § 3.3.1 : dans les bâtiments de faible ou moyenne hauteur abritant des établissements d'hébergement, des ouvrants de désenfumage donnant directement sur l'extérieur doivent être aménagés dans la partie supérieure des voies d'évacuation et de sauvetage (al. 2). La directive ne répète pas le mot « verticales » à cet alinéa, mais la lecture est claire : « partie supérieure » vise les voies verticales, donc les cages d'escalier, et non les chambres ni les couloirs : le désenfumage par balayage des voies d'évacuation dans les niveaux relève, lui, du ch. 3.3.2. Ces ouvrants doivent avoir une surface géométrique libre d'au moins 0,5 m² (al. 3), être actionnables depuis le niveau d'entrée et fonctionner même en cas de panne de courant (al. 4). Ces installations relèvent du ch. 3.3, « autres installations exigées ne nécessitant pas de preuve de performance » : à ne pas confondre avec une installation d'extraction de fumée et de chaleur dimensionnée sur performance.
- Cantons : exigences additionnelles possibles, l'autorité cantonale de protection incendie restant compétente pour l'objet.
Surveillance totale : ce que cela veut dire, et ce que cela ne dit pas
La DPI 20-15 définit la surveillance totale comme celle qui couvre l'ensemble du bâtiment ou de l'ouvrage, à l'exception des locaux et zones expressément exemptés et isolés par une séparation résistante au feu (§ 3.2.1 al. 1). C'est une exigence de périmètre, pas de densité.
Il n'existe donc pas de règle normative « au moins un détecteur par chambre ». Le nombre et l'emplacement des détecteurs découlent d'autre chose : du type de détecteur, des conditions d'environnement, de la configuration des locaux et de l'aire de surveillance (DPI 20-15 § 3.1 al. 2), dont les valeurs sont fixées par la directive SES SDAI. En pratique, une chambre d'EMS reçoit presque toujours un détecteur, mais parce que la géométrie et l'aire de surveillance l'imposent, pas parce qu'un texte l'écrit ainsi. La nuance compte le jour où l'on discute d'un local atypique avec l'autorité.
Ce que la surveillance totale implique concrètement :
- Chambres, circulations, locaux techniques (chaufferies, locaux électriques, buanderies), cuisines avec une détection adaptée à l'ambiance
- Combles, faux-plafonds et faux-planchers selon la charge thermique, le danger d'activation et la hauteur du vide (DPI 20-15 § 3.2.2 let. l et m)
- Seules les zones expressément exemptées par la DPI 20-15 § 3.2.2 peuvent rester sans surveillance
Le concept d'évacuation différée
L'évacuation immédiate étant impossible, la stratégie repose sur le compartimentage et sur une alerte adaptée au personnel soignant. Avec une réserve de méthode qui vaut pour tout ce chapitre : ces scénarios ne découlent d'aucune prescription qui les imposerait tels quels. Les asservissements incendie doivent être conçus « sur la base des concepts de protection incendie, d'exploitation, d'utilisation et d'évacuation » (NEPI 108-15 § 3 al. 2), et c'est le concept de protection incendie qui détermine la catégorie d'asservissements à réaliser (§ 6.1 al. 2). Ce qui suit décrit une pratique courante en EMS, à valider objet par objet.
Compartimentage actif
Le bâtiment est divisé en compartiments coupe-feu. Le scénario généralement retenu en cas d'alarme :
- Les portes coupe-feu maintenues ouvertes se ferment
- Le désenfumage prévu par le concept s'active dans la zone concernée
- Le personnel transfère les résidents vers un compartiment voisin
- Les sapeurs-pompiers interviennent dans la zone isolée
Sirènes et alerte différenciée
Dans beaucoup d'EMS, l'alarme générale immédiate est écartée au profit d'une alerte au poste de soin, parce qu'une évacuation générale y est contre-productive. Ce choix relève du concept d'évacuation approuvé, pas d'une règle générale : la DPI 20-15 pose au contraire que l'installation doit alerter les personnes en danger et les sapeurs-pompiers (§ 3.1 al. 1), et toute alerte restreinte se justifie dans le concept.
Scénario fréquemment retenu :
- Alerte sonore discrète au poste de soin
- Identification rapide de la zone
- Évacuation horizontale supervisée par le personnel
- Alarme générale si la propagation est confirmée
Cette logique doit être explicitement scénarisée dans la matrice d'asservissement et cohérente avec le concept.
Les équipements asservis spécifiques
Le tableau ci-dessous liste des choix de conception fréquents, dont chacun dépend du concept approuvé pour l'objet, aucun n'est imposé en tant que tel par une prescription fédérale.
| Équipement asservi | Pratique fréquente en EMS / hôpital |
|---|---|
| Portes coupe-feu | Fermeture sur alarme, avec maintien de la possibilité de passage du personnel |
| Extraction de fumée et de chaleur | Activation par zone plutôt que globale |
| Dispositifs d'alarme | Différenciés : poste de soin et zones communes |
| Ascenseurs | Rappel au niveau d'évacuation et mise hors service, hors usage pompiers |
| Ventilation | Arrêt dans la zone concernée, maintien ailleurs |
| Verrouillage des chambres | Aucun dispositif ne doit empêcher l'évacuation |
Surveillance 24/7
Les EMS et hôpitaux exigent une surveillance permanente :
- Organisation possible selon le concept : report ou surveillance au poste infirmier occupé en permanence
- Alarme transmise directement à la centrale officielle d'alarme incendie (DPI 20-15 § 3.4.1) ; les dérangements, eux, vont à un poste occupé en permanence
- Test régulier du report avec journalisation (bonne pratique d'exploitation)
Maintenance renforcée
Le test intégral périodique revient au moins tous les 4 ans dès lors que le bâtiment abrite un établissement d'hébergement de type [a] ou [b] : ce sont ces deux types qui composent la catégorie de risque 2 de la NEPI 108-15 § 7.4 al. 2 let. b, avec les bâtiments dotés d'une extraction de fumée et de chaleur sans preuve de performance. Un EMS relevant du type [a] y tombe donc par sa seule affectation. Attention toutefois : un bâtiment médicalisé équipé d'une extraction de fumée avec preuve de performance ou d'un système de mise en surpression bascule en catégorie 1, soit 2 ans. Le détail est dans l'article tests intégraux périodiques.
En complément, beaucoup d'exploitants adoptent des bonnes pratiques d'exploitation (aucune cadence mensuelle ou semestrielle n'est exigée par les normes fédérales ; vérifier les éventuelles exigences cantonales) :
- Une vérification mensuelle interne par le personnel (alarme test 1 détecteur)
- Une vérification semestrielle par l'entreprise mandatée
Les pièges fréquents en EMS
1. Chambres rénovées non documentées
Travaux de rafraîchissement → faux-plafonds modifiés → détecteurs déplacés sans mise à jour des plans. À chaque rénovation, mettre à jour les plans DI et la matrice.
2. Personnel non formé
Le scénario d'évacuation différée repose sur le personnel. Sans formation régulière, les résidents évacuent dans la panique vers les escaliers, exactement ce qu'il faut éviter.
3. Détecteurs encrassés en cuisine
Les détecteurs optiques en cuisine sont rapidement encrassés par les graisses → fausses alarmes ou détection retardée. Préférer du multi-capteurs ou thermique.
4. Locaux techniques oubliés
Les buanderies (sèche-linge), chaufferies et locaux compresseurs sont des zones de départ de feu fréquentes en EMS. Vérifier leur couverture lors de chaque contrôle.
Comment sdai.ch aide les exploitants EMS
- Modèle de matrice "EMS" pré-configuré avec scénarios différenciés
- Suivi des contrôles mensuels et semestriels
- Échéances de maintenance par bâtiment et par aile
- Documentation accessible aux concierges et infirmiers depuis tablette
Ce qu'il faut retenir
- Un établissement d'hébergement [a] héberge au moins 20 personnes tributaires de l'aide de tiers ; ce seuil est un seuil de définition, pas d'obligation d'équiper.
- Les établissements [a] exigent une installation de détection avec surveillance totale (DPI 20-15 § 2.2.2 al. 1) : c'est une exigence de périmètre, pas une règle « un détecteur par chambre ».
- Fermeture des portes, extraction de fumée, rappel d'ascenseurs, arrêt de la ventilation et alerte discrète découlent du concept approuvé, pas d'une prescription qui les imposerait telles quelles.
- L'ouvrant de 0,5 m² vise la partie supérieure des voies d'évacuation et de sauvetage des bâtiments de faible ou moyenne hauteur, sans preuve de performance (DPI 21-15 § 3.3.1 al. 2 et 3) ; en pratique, les cages d'escalier.
- Le test intégral périodique est à 4 ans pour les hébergements de type [a] et [b] (catégorie de risque 2), à 2 ans lorsque l'extraction avec preuve de performance et la mise en surpression sont toutes deux présentes.
Le concept approuvé et l'autorité cantonale priment. Les scénarios décrits ici sont des pratiques courantes, pas des obligations générales. Pour votre objet, ce sont le concept de protection incendie, le concept d'évacuation et l'autorité cantonale de protection incendie qui font foi.
Vérifié le 11 août 2026. Sources : directive de protection incendie DPI 20-15 « Installations de détection d'incendie », ch. 2.2.2, 3.1, 3.2.1, 3.2.2 ; directive de protection incendie DPI 21-15 « Installations d'extraction de fumée et de chaleur », ch. 3.3.1 ; note explicative NEPI 108-15, ch. 3, 6.1 et 7.4 ; prescriptions de protection incendie AEAI 2015, norme de protection incendie art. 13 pour la définition des établissements d'hébergement. Consulter également les exigences cantonales.