Pourquoi les EMS et hôpitaux sont un cas particulier
Les EMS (Établissements Médico-Sociaux) et hôpitaux concentrent des personnes à mobilité réduite ou non-autonomes, dont l'évacuation est impossible ou très lente. La protection incendie ne peut pas reposer sur l'évacuation rapide, elle doit contenir le sinistre sur place le temps d'organiser un transfert.
C'est pour cela que les exigences SDAI y sont parmi les plus strictes de Suisse.
Le cadre normatif
Les EMS et hôpitaux relèvent des prescriptions AEAI avec :
- Affectation : santé et accueil (catégorie spécifique)
- DPI 20-15 : installation SDAI obligatoire
- DPI 21-15 : ouvrants de désenfumage (surface libre d'au moins 0,5 m²) en partie supérieure des voies d'évacuation et de sauvetage (§ 3.3.1)
- Cantons : exigences additionnelles (compartimentage, surveillance 24/7)
Couverture intégrale obligatoire
Contrairement à un bâtiment de bureaux où certains locaux peuvent être exclus, un EMS exige une couverture intégrale :
- Chambres : un détecteur par chambre minimum
- Circulations : couverture continue
- Locaux techniques : chaufferies, locaux électriques, buanderies
- Cuisines : détection adaptée (thermique ou multi-capteurs)
- Combles et faux-plafonds : selon la charge thermique et la hauteur du vide (DPI 20-15 § 3.2.2)
Seules les zones expressément exemptées par la DPI 20-15 (§ 3.2.2) peuvent rester sans surveillance.
Le concept d'évacuation différée
L'évacuation immédiate étant impossible, la stratégie repose sur :
Compartimentage actif
Le bâtiment est divisé en compartiments coupe-feu (typiquement 1 par aile ou étage). En cas d'alarme :
- Les portes coupe-feu se ferment automatiquement
- Le désenfumage s'active dans la zone sinistrée
- Le personnel évacue les résidents vers un compartiment voisin
- Les pompiers interviennent dans la zone isolée
Sirènes et alerte différenciée
Contrairement aux bureaux, les sirènes ne déclenchent pas l'évacuation générale. Le scénario typique :
- Alerte sonore discrète au poste de soin (pas de sirène générale)
- Identification rapide de la zone
- Évacuation horizontale supervisée par le personnel
- Sirènes générales uniquement si propagation confirmée
Cette logique d'alerte différenciée doit être explicitement scénarisée dans la matrice d'asservissement.
Les organes asservis spécifiques
| Organe | Particularité EMS/hôpital |
|---|
| Portes coupe-feu | Doivent rester contrôlables (déverrouillage par personnel) |
| Désenfumage | Activé par zone, pas global |
| Sirènes | Différenciées : poste de soin vs zones communes |
| Ascenseurs | Mise hors service + retour au RDC (sauf pompiers) |
| Ventilation | Arrêt CVC dans la zone + maintien dans les zones non sinistrées |
| Verrouillage chambres | Aucun verrouillage ne doit empêcher l'évacuation |
Surveillance 24/7
Les EMS et hôpitaux exigent une surveillance permanente :
- Centrale SDAI surveillée en permanence (poste infirmier 24/7)
- Alarme transmise directement à la centrale officielle d'alarme incendie (DPI 20-15 § 3.4.1) ; les dérangements, eux, vont à un poste occupé en permanence
- Test régulier du report avec journalisation (bonne pratique d'exploitation)
Maintenance renforcée
Le test intégral NEPI 108-15 revient tous les 4 ans : un EMS est un établissement d'hébergement de catégorie de risque 2 au sens de la NEPI § 7.4. En complément, beaucoup d'exploitants adoptent des bonnes pratiques d'exploitation (aucune cadence mensuelle ou semestrielle n'est exigée par les normes fédérales ; vérifier les éventuelles exigences cantonales) :
- Une vérification mensuelle interne par le personnel (alarme test 1 détecteur)
- Une vérification semestrielle par l'entreprise mandatée
Les pièges fréquents en EMS
1. Chambres rénovées non documentées
Travaux de rafraîchissement → faux-plafonds modifiés → détecteurs déplacés sans mise à jour des plans. À chaque rénovation, mettre à jour les plans DI et la matrice.
2. Personnel non formé
Le scénario d'évacuation différée repose sur le personnel. Sans formation régulière, les résidents évacuent dans la panique vers les escaliers, exactement ce qu'il faut éviter.
3. Détecteurs encrassés en cuisine
Les détecteurs optiques en cuisine sont rapidement encrassés par les graisses → fausses alarmes ou détection retardée. Préférer du multi-capteurs ou thermique.
4. Locaux techniques oubliés
Les buanderies (sèche-linge), chaufferies et locaux compresseurs sont des zones de départ de feu fréquentes en EMS. Vérifier leur couverture lors de chaque contrôle.
Comment sdai.ch aide les exploitants EMS
- Modèle de matrice "EMS" pré-configuré avec scénarios différenciés
- Suivi des contrôles mensuels et semestriels
- Échéances de maintenance par bâtiment et par aile
- Documentation accessible aux concierges et infirmiers depuis tablette
Ce qu'il faut retenir
- En EMS et hôpitaux, l'évacuation est lente : la stratégie est de contenir le sinistre sur place.
- Couverture intégrale obligatoire et compartimentage actif ; seules les exemptions prévues par la DPI 20-15 § 3.2.2 sont admises.
- L'alerte différenciée (poste de soin vs zones communes) doit être scénarisée dans la matrice.
- Test intégral tous les 4 ans (catégorie de risque 2) ; les vérifications mensuelles et semestrielles sont de bonnes pratiques d'exploitation.
Référence : AEAI PPI 2015, directive 20-15 et notes explicatives santé. Consulter également les exigences cantonales spécifiques.