Zone, groupe, adresse : le vocabulaire
Avant de découper, il faut nommer correctement. Trois notions structurent un plan DI :
- Détecteur (adresse) : l'élément physique, identifié de façon unique sur un système adressable.
- Groupe de détection : un regroupement logique de détecteurs qui permet de localiser le foyer. La directive SES pose des limites concrètes : au maximum 128 détecteurs automatiques ou déclencheurs manuels par ligne de détection bouclée (256 éléments au total), et un court-circuit ou une coupure ne doit pas affecter plus de 32 détecteurs ou déclencheurs simultanément. En principe, seuls des locaux adjacents sont réunis dans un même groupe, et un groupe n'est rattaché qu'à un seul équipement de contrôle et de signalisation (ECS).
- Zone de détection : la subdivision de l'aire surveillée. L'AEAI 20-15 § 3.7.1 l'exige : la zone surveillée doit être subdivisée en groupes déterminés de manière à signaler et à localiser l'incendie rapidement et clairement.
Cas particulier des déclencheurs manuels : ils forment des groupes individuels, avec au maximum 10 déclencheurs par groupe (SES-DT § 5.2).
Surveillance totale ou partielle, et locaux exclus
Le découpage commence par l'étendue. L'AEAI 20-15 § 3.2.1 distingue la surveillance totale (tout le bâtiment, sauf zones expressément exemptées et isolées par une séparation résistante au feu) de la surveillance partielle (au moins les voies d'évacuation et les locaux à risque élevé, sur un compartiment coupe-feu entier).
Certaines zones peuvent être exclues (§ 3.2.2) : gaines techniques sans danger d'activation, salles d'eau sans stockage combustible, cages d'ascenseur avec local des machines séparé, certains vides de faux plafonds/planchers sous seuils de charge thermique, etc. Sur le plan, ces exclusions doivent être explicites : un local non couvert sans justification est un écart de conformité.
L'aire de surveillance : la surface qu'un détecteur couvre
Combien de détecteurs pour un local ? La réponse tient à l'aire de surveillance maximale (A max) de chaque détecteur, définie par la directive SES (SES-DT § 7.2, tableau 1). Elle dépend du type de détecteur, de la hauteur et de la forme du plafond.
| Détecteur | Aire de surveillance (cas courant) | Hauteur de local |
|---|
| Fumée (EN 54-7) | jusqu'à 80 m² | jusqu'à 12 m |
| Chaleur (EN 54-5) | jusqu'à 30 m² | jusqu'à 7,5 m |
Ces valeurs augmentent avec la pente du plafond et varient selon la hauteur exacte du local (voir le tableau 1 complet). Deux règles de disposition à retenir : les détecteurs sont disposés régulièrement et symétriquement, et la distance entre un détecteur et la paroi vaut la moitié de la distance entre deux détecteurs (a/2), mesurée perpendiculairement (SES-DT § 7.1 et § 7.2). Le type et la disposition dépendent toujours de l'affectation, de l'environnement et de la configuration des locaux (AEAI 20-15 § 3.1 al. 2).
Découper les groupes : le principe
Au-delà des surfaces, certains volumes exigent un groupe de détection individuel pour ne pas noyer la localisation. L'AEAI 20-15 § 3.7.1 al. 2 vise les voies d'évacuation verticales, les puits de lumière, les cages d'ascenseur, les gaines techniques et les constructions en tour. Le § 3.7.2 ajoute les détecteurs placés dans les vides de faux plafonds/planchers et dans les installations aérauliques, qui doivent eux aussi appartenir à des groupes individuels (ou rester facilement localisables).
L'objectif est constant : qu'une alarme désigne une zone aussi petite et claire que possible, pour guider les sapeurs-pompiers sans ambiguïté.
Cas particuliers à maîtriser sur le plan
La directive SES traite explicitement les configurations qui piègent les plans :
- Couloirs et locaux ≤ 3 m de largeur (SES-DT § 7.6) : distance entre détecteurs de fumée max 15 m (10 m pour les détecteurs de chaleur), distance à la paroi d'extrémité ≤ a/2, et un détecteur à chaque croisement et entrée de couloir.
- Cages d'escalier (SES-DT § 7.7) : un détecteur au plafond du niveau supérieur ; au-delà de 12 m sans séparation, un détecteur tous les 3 niveaux ou au maximum tous les 12 m.
- Gaines et ascenseurs (SES-DT § 7.7) : gaines surveillées niveau par niveau ; au-delà de 40 m de hauteur de gaine d'ascenseur, un détecteur de fumée par aspiration (points de captation espacés de 12 m au plus).
- Zones et locaux ventilés (SES-DT § 7.10) : détecteurs hors du courant d'air pulsé (au moins 50 cm) ; au-delà de 10 renouvellements d'air par heure (informatique, salles blanches), groupes individuels et aire de surveillance réduite à 25 m² (distance max 7 m) ; pas de détecteur ponctuel dans les canaux de ventilation.
Pour le cadre général de représentation du plan, voir plans DI : normes et bonnes pratiques et la checklist de conformité SES.
Du zonage du plan à la matrice
Un découpage propre n'est pas une fin en soi : chaque zone de détection devient une entrée de la matrice d'asservissement. Un zonage trop grossier rend la matrice imprécise (on déclenche trop large) ; un zonage cohérent permet des asservissements sélectifs, zone par zone. Concevoir le plan en pensant déjà à la matrice évite de tout reprendre ensuite.
Ce qu'il faut retenir
- Distinguer adresse, groupe et zone : le groupe localise, la zone structure (AEAI 20-15 § 3.7).
- L'aire de surveillance fixe le nombre de détecteurs (fumée jusqu'à 80 m², chaleur jusqu'à 30 m²), modulée par hauteur et pente (SES-DT § 7.2).
- Voies verticales, gaines, ascenseurs et vides techniques exigent des groupes individuels ; couloirs, cages d'escalier et locaux ventilés ont leurs propres règles (SES-DT § 7.6, § 7.7, § 7.10).
- Un zonage cohérent conditionne une matrice d'asservissement précise et sélective.
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Cet article est publié à titre informatif et ne se substitue pas aux directives applicables ni à l'appréciation de l'autorité compétente. Références : directive SES « Système de détection et d'alarme incendie » (édition 01.07.2021, ch. 5 et 7) et directive de protection incendie AEAI 20-15 « Installations de détection d'incendie ».