Structurer les zones de détection sur un plan DI : surfaces, portées, adressage
Zone, groupe, adresse : bien découper un plan DI conditionne la rapidité de localisation d'un feu et la conformité de l'installation. Aires de surveillance, limites de groupes et cas particuliers (couloirs, cages d'escalier, locaux ventilés), ancrés sur la directive SES et la DPI 20-15.

Groupe de détection, zone de détection, zone d'activation : trois notions distinctes
Avant de découper, il faut nommer correctement. Le vocabulaire courant mélange trois objets qui n'appartiennent pas au même texte ni à la même logique :
- Détecteur (adresse) : l'élément physique, identifié de façon unique sur un système adressable.
- Groupe de détection : un regroupement logique de détecteurs qui permet de localiser le foyer. C'est la notion de la DPI 20-15 § 3.7.1 : la zone surveillée doit être subdivisée en groupes de détection, déterminés de manière à signaler et à localiser l'incendie rapidement et clairement. La directive SES pose des limites concrètes : au maximum 20 détecteurs automatiques par groupe collectif, 32 pour un groupe adressé, avec affichage du numéro de groupe, du niveau et de la désignation du local au-delà de 20 détecteurs adressés (SES-DT § 5.1 al. 1). Côté lignes de détection, au maximum 128 détecteurs automatiques ou déclencheurs manuels par ligne bouclée (256 éléments au total), et un court-circuit ou une coupure ne doit pas affecter plus de 32 détecteurs ou déclencheurs simultanément (SES-DT § 2.1 al. 11-12). En principe, seuls des locaux adjacents sont réunis dans un même groupe, qui n'est rattaché qu'à un seul équipement de contrôle et de signalisation (ECS), et les groupes sont créés par niveau, hors zones verticales (§ 5.1 al. 2, 4, 6 et 7).
- Zone de détection : le terme d'usage pour désigner la subdivision de l'aire surveillée telle qu'elle apparaît sur le plan DI. C'est un objet de représentation : il structure la lecture du plan et regroupe le plus souvent un ou plusieurs groupes de détection.
- Zone d'activation : la notion de la NEPI 108-15, qui n'appartient pas au monde de la détection mais à celui des asservissements. Une zone d'activation est un domaine géographique de bâtiments et autres ouvrages applicable à un scénario défini ; elle est représentée sur le plan des zones.
Le lien entre les deux mondes est posé explicitement par la directive SES (§ 5.1 al. 3) : les groupes de détection doivent être coordonnés avec les zones d'activation des asservissements, un groupe de détection ne doit pas s'étendre sur plusieurs zones d'activation, et plusieurs groupes de détection peuvent être combinés en une seule zone d'activation. C'est exactement pour cela qu'un groupe n'égale pas une zone d'activation.
Cas particulier des déclencheurs manuels : ils forment des groupes individuels, avec au maximum 10 déclencheurs par groupe (SES-DT § 5.2 al. 1).
Surveillance totale ou partielle, et locaux exclus
Le découpage commence par l'étendue. La DPI 20-15 § 3.2.1 distingue la surveillance totale (tout le bâtiment, sauf zones expressément exemptées et isolées par une séparation résistante au feu) de la surveillance partielle (au moins les voies d'évacuation et les locaux à risque élevé, sur un compartiment coupe-feu entier).
Certaines zones peuvent être exclues (§ 3.2.2) : gaines techniques sans danger d'activation, salles d'eau sans stockage combustible, cages d'ascenseur avec local des machines séparé, certains vides de faux plafonds/planchers sous seuils de charge thermique, etc. Sur le plan, ces exclusions doivent être explicites : un local non couvert sans justification est un écart de conformité.
L'aire de surveillance : la surface qu'un détecteur couvre
Combien de détecteurs pour un local ? La réponse tient à l'aire de surveillance maximale (A max) de chaque détecteur, définie par la directive SES (SES-DT § 7.2, tableau 1). Elle dépend du type de détecteur, de la hauteur et de la forme du plafond.
| Détecteur | Surface du local | Hauteur du local | Aire de surveillance A max (plafond de pente inférieure à 20°) |
|---|---|---|---|
| Fumée (EN 54-7/29/31) | jusqu'à 80 m² | jusqu'à 12 m | 80 m², distance entre détecteurs 12 m |
| Fumée (EN 54-7/29/31) | plus de 80 m² | jusqu'à 6 m | 60 m², distance entre détecteurs 10 m |
| Chaleur (EN 54-5/30) | jusqu'à 30 m² | jusqu'à 7,5 m | 30 m², distance entre détecteurs 8 m |
| Chaleur (EN 54-5/30) | plus de 30 m² | jusqu'à 7,5 m | 20 m², distance entre détecteurs 6 m |
Deux lectures s'imposent. D'abord, « 80 m² pour la fumée, 30 m² pour la chaleur » sont des plafonds valables pour de petits locaux : dès que la surface dépasse ces valeurs, l'aire de surveillance admissible descend (60 m², voire 20 m² pour la chaleur), avant de remonter avec la hauteur ou la pente du plafond. Ensuite, un local jusqu'à 30 m² et 6 m de hauteur se traite avec un détecteur si possible au milieu du local, quelle que soit la forme du plafond.
Deux règles de disposition complètent le tableau : les détecteurs sont disposés régulièrement et symétriquement (SES-DT § 7.2 al. 2), et la distance entre un détecteur et la paroi, mesurée horizontalement et perpendiculairement à celle-ci, correspond à la moitié de la distance entre deux détecteurs, a/2 ou b/2 (§ 7.2 al. 3) : c'est une valeur à ne pas dépasser, la directive l'écrivant explicitement ainsi pour les couloirs (« ne doit pas être supérieure à a/2 », § 7.6 al. 2). Elle se combine avec un minimum : au moins 0,50 m entre un détecteur et les parois ou équipements, sauf dans les couloirs, galeries et parties de bâtiment de moins de 1 m de largeur, où le détecteur est monté aussi centralement que possible (§ 7.3 al. 1). Le type et la disposition des détecteurs dépendent de l'affectation, des conditions d'environnement, de la configuration des locaux et de l'aire de surveillance (DPI 20-15 § 3.1 al. 2).
Découper les groupes : le principe
Au-delà des surfaces, certains volumes exigent un groupe de détection individuel pour ne pas noyer la localisation. La DPI 20-15 § 3.7.1 al. 2 vise les voies d'évacuation verticales, les puits de lumière, les cages d'ascenseur, les gaines techniques et les constructions en tour. Le § 3.7.2 ajoute les détecteurs placés dans les vides de faux plafonds/planchers et dans les installations aérauliques, qui doivent eux aussi appartenir à des groupes individuels (ou rester facilement localisables).
L'objectif est constant : qu'une alarme désigne une zone aussi petite et claire que possible, pour guider les sapeurs-pompiers sans ambiguïté.
Cas particuliers à maîtriser sur le plan
La directive SES traite explicitement les configurations qui piègent les plans :
- Couloirs et locaux ≤ 3 m de largeur (SES-DT § 7.6) : distance entre détecteurs de fumée max 15 m (10 m pour les détecteurs de chaleur), distance à la paroi d'extrémité ≤ a/2, et un détecteur à chaque croisement et entrée de couloir.
- Cages d'escalier (SES-DT § 7.7) : un détecteur au plafond du niveau supérieur ; au-delà de 12 m sans séparation, un détecteur tous les 3 niveaux ou au maximum tous les 12 m.
- Gaines et ascenseurs (SES-DT § 7.7) : gaines surveillées niveau par niveau ; à partir de 40 m de hauteur de gaine d'ascenseur, un détecteur de fumée par aspiration (points de captation espacés de 12 m au plus).
- Zones et locaux ventilés (SES-DT § 7.10) : détecteurs hors du courant d'air pulsé (au moins 50 cm) ; au-delà de 10 renouvellements d'air par heure (informatique, salles blanches), groupes individuels et aire de surveillance réduite à 25 m² (distance max 7 m) ; pas de détecteur ponctuel dans les canaux de ventilation.
Pour le cadre général de représentation du plan, voir plans DI : normes et bonnes pratiques et la checklist de conformité SES.
Du zonage du plan à la matrice : ce qui se transpose, et ce qui ne se transpose pas
Un découpage propre n'est pas une fin en soi, mais il ne se recopie pas mécaniquement dans la matrice. Une zone ou un groupe de détection ne devient pas automatiquement une ligne de matrice d'asservissement, pour une raison simple : la matrice ne relie pas des groupes de détection à des organes, elle relie des zones d'activation aux fonctions ou positions des équipements de protection incendie asservis (NEPI 108-15, définitions « Matrice des asservissements incendie » et « Scénarios »).
Concrètement, la construction se fait en deux temps :
- le découpage de détection répond à un objectif de localisation : signaler et localiser l'incendie rapidement et clairement (DPI 20-15 § 3.7.1) ;
- le découpage d'activation répond à un objectif de scénario : quelle partie du bâtiment doit être mise dans quel état en cas d'incendie. Plusieurs groupes de détection peuvent y être regroupés (SES-DT § 5.1 al. 3), et le résultat se représente sur le plan des zones, pas sur le plan DI.
La contrainte à respecter dans les deux sens : un groupe de détection ne doit pas s'étendre sur plusieurs zones d'activation. C'est ce qui justifie de concevoir le plan DI en connaissant déjà les scénarios visés, un zonage trop grossier interdisant ensuite des asservissements sélectifs.
Ce qu'il faut retenir
- Trois notions à distinguer : le groupe de détection localise (DPI 20-15 § 3.7, SES-DT § 5.1), la zone de détection structure le plan DI, la zone d'activation appartient aux asservissements et porte un scénario (NEPI 108-15).
- Une zone ou un groupe de détection ne devient pas automatiquement une ligne de matrice : la matrice relie les zones d'activation aux fonctions ou positions des équipements asservis.
- L'aire de surveillance dépend du type de détecteur, de la surface du local, de sa hauteur et de la pente du plafond (SES-DT § 7.2, tableau 1).
- La distance à la paroi ne doit pas dépasser la moitié de la distance entre détecteurs (a/2 ou b/2), avec un minimum de 0,50 m aux parois et équipements (SES-DT § 7.2 al. 3 et § 7.3 al. 1).
- Voies verticales, gaines, ascenseurs et vides techniques exigent des groupes individuels ; couloirs, cages d'escalier et locaux ventilés ont leurs propres règles (SES-DT § 7.6, § 7.7, § 7.10).
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Vérifié le 11 août 2026. Cet article est publié à titre informatif et ne se substitue ni au concept de protection incendie approuvé, ni à l'appréciation de l'autorité de protection incendie cantonale, qui peuvent fixer des exigences particulières pour un ouvrage donné. Le dimensionnement définitif relève des professionnels compétents. Sources : directive SES « Système de détection et d'alarme incendie » (édition 01.07.2021, ch. 2, 5 et 7 ; document technique de l'association, non librement téléchargeable, voir sicher-ses.ch), DPI 20-15 « Installations de détection d'incendie » et NEPI 108-15 (édition 2020, état 01.08.2022).