Désenfumage et SDAI : intégration des asservissements
Commande manuelle depuis un endroit sûr, activation automatique selon le concept, comportement de la ventilation : ce que la DPI 21-15 exige vraiment avant d'intégrer le désenfumage dans une matrice d'asservissement.

Pourquoi le désenfumage est piloté par la SDAI
Une installation d'extraction de fumée et de chaleur (IEFC) et une installation de détection sont deux systèmes distincts, et le lien entre les deux n'est pas le même partout. La règle de base de la directive AEAI DPI 21-15 « Installations d'extraction de fumée et de chaleur » porte d'ailleurs sur la commande manuelle, pas sur l'automatisme.
Ce que la directive exige vraiment
Trois alinéas du § 4.7 suffisent à cadrer le sujet, et ils sont souvent lus dans le désordre.
1. La commande manuelle depuis un endroit sûr, pour toute IEFC. Les installations d'extraction de fumée et de chaleur doivent pouvoir être mises en route à la main depuis un endroit à l'abri de l'incendie (§ 4.7 al. 1). Le dispositif de commande doit indiquer clairement l'état de fonctionnement du système : marche, panne, arrêt. C'est l'exigence de base, celle qui ne dépend d'aucun concept.
2. L'activation automatique dépend du concept et de l'autorité. Selon le concept de protection incendie, l'autorité de protection incendie peut exiger que la mise en marche des installations d'extraction de fumée et de chaleur puisse aussi se faire automatiquement (par exemple par asservissement à l'installation de détection d'incendie ou sprinklers) (§ 4.7 al. 2). L'asservissement à la détection n'est donc pas la règle par défaut : c'est une exigence qui naît du concept approuvé ou d'une décision cantonale.
3. Le cas des installations avec preuve de performance. Elles, en revanche, doivent se mettre en marche automatiquement, par asservissement à une installation de détection d'incendie lorsqu'elles servent à la sécurité des personnes, ou à une installation de détection ou sprinklers lorsqu'il s'agit de diminuer les dommages matériels ; elles doivent en plus pouvoir être mises en marche et arrêtées manuellement par les sapeurs-pompiers (§ 4.7 al. 3). Dans un bâtiment dépourvu de détection et de sprinklers, la commande d'une IEFC avec preuve de performance est asservie à des détecteurs surveillant au moins le compartiment coupe-feu concerné (§ 4.7 al. 4).
Les systèmes de mise en surpression suivent une logique voisine : ils doivent être asservis aux détecteurs d'incendie pour se mettre en marche automatiquement, et pouvoir aussi être mis en marche et arrêtés manuellement ; lorsqu'un tel système est mis en marche manuellement, il ne doit fonctionner qu'en mode balayage (§ 4.8 al. 2 et 3).
Les organes asservis typiques
Un système de désenfumage comporte plusieurs équipements à piloter. Ce qui est attendu de chacun découle du scénario approuvé, pas d'un catalogue universel :
| Organe | Action attendue selon le scénario |
|---|---|
| Exutoires de toiture | Ouverture, selon la zone de cantonnement concernée |
| Volets de désenfumage | Ouverture selon scénario |
| Amenées d'air (façade ou toiture) | Déverrouillage / ouverture |
| Ventilateurs d'extraction | Mise en route au régime prévu |
| Portes coupe-feu | Fermeture (pour cloisonner) |
| Installation aéraulique (CVC) | Arrêt en règle générale, sauf si elle participe au désenfumage |
Le scénario type dans la matrice
Dans une matrice d'asservissement bien conçue, le déclenchement en zone protégée conduit en général à :
- Cloisonner : fermer les portes coupe-feu et clapets de la zone
- Évacuer : ouvrir les exutoires et démarrer l'extraction
- Compenser : déverrouiller les amenées d'air pour éviter la dépression
- Traiter la ventilation : arrêter les installations aérauliques, ou les basculer dans leur mode incendie lorsque le concept les fait participer à l'extraction
L'ordre et les temporisations comptent, mais ils appartiennent au scénario approuvé : la matrice les documente, elle ne les invente pas.
Les conflits classiques à éviter
1. Ventilation vs désenfumage
C'est le conflit le plus fréquent : la centrale de traitement d'air refoule de l'air neuf dans la zone en feu, ce qui contrarie l'extraction. La règle de référence est celle de la DPI 25-15 § 3.10 al. 1 : les installations aérauliques doivent s'arrêter automatiquement en cas de réaction des installations de détection ou d'extinction d'incendie, en cas de réaction des détecteurs de fumée pour gaines, ainsi qu'en cas de déclenchement thermique des clapets coupe-feu.
Cet arrêt n'est toutefois pas universel : la DPI 21-15 § 4.10 autorise l'utilisation d'installations aérauliques (ventilation, climatisation) pour l'extraction de la fumée et de la chaleur, à condition que tous les composants concernés satisfassent aux exigences imposées aux IEFC. Dans ce cas de figure, couper la ventilation reviendrait à couper le désenfumage. Ce qui doit être vérifié n'est donc pas « la CVC est-elle coupée », mais « l'installation aéraulique se comporte-t-elle comme le scénario approuvé le prévoit ».
2. Exutoires entravés par une installation en surpression
Certaines installations fonctionnent en surpression. Si le scénario ne prévoit pas leur arrêt ou leur bascule, les exutoires peuvent ne pas s'ouvrir librement.
3. Amenées d'air verrouillées
Sans déverrouillage automatique des amenées d'air, les ventilateurs d'extraction tirent dans le vide. Le volume se met en dépression et le tirage s'effondre.
4. Désenfumage multi-zones non cloisonné
Si plusieurs zones sont asservies au même groupe d'exutoires, ouvrir partout en cas d'alarme localisée disperse le tirage. La matrice doit cibler les exutoires de la zone sinistrée uniquement.
Bonnes pratiques de matrice
- Une granularité alignée sur les zones d'activation : la matrice relie des zones d'activation aux fonctions ou positions des équipements asservis (NEPI 108-15). Regrouper les exutoires d'une même zone de cantonnement est légitime ; exiger une colonne par exutoire ne l'est pas.
- Temporisations issues du scénario approuvé : aucune durée générique n'est imposée par les prescriptions. S'il existe un enchaînement (exutoires puis ventilateurs), sa valeur vient du concept, de la preuve de performance ou des indications du fabricant, et doit être documentée comme telle.
- Test des amenées d'air en mode incendie : vérifier que le déverrouillage fonctionne sous alimentation de sécurité, sachant que les organes électriques nécessaires au fonctionnement des IEFC et des systèmes de mise en surpression doivent être raccordés à l'alimentation électrique de sécurité (DPI 21-15 § 4.9).
- Comportement de la ventilation explicité : arrêt, ou participation au désenfumage, selon le scénario approuvé, et non par principe.
Test intégral et désenfumage
Lors des tests intégraux périodiques de la NEPI 108-15, ce qui est vérifié, ce sont les asservissements sur toutes les zones d'activation, en automatique comme en manuel, avec un test de black-out. Pour le désenfumage, cela suppose un déclenchement réel des organes prévus au scénario : ouverture des exutoires, démarrage de l'extraction, comportement des amenées d'air. Un test « papier » ne remplit pas cette exigence.
L'intervalle dépend de la catégorie de risque (NEPI § 7.4 al. 2), avec une formulation qui mérite d'être citée telle quelle, car ce sont des intervalles minimaux :
| Catégorie de risque | Intervalle | Bâtiments visés |
|---|---|---|
| 1 (risque élevé) | au moins tous les 2 ans | Bâtiments et ouvrages disposant d'installations d'extraction de fumée et de chaleur avec preuve de performance et d'installations de mise en surpression |
| 2 (risque moyen) | au moins tous les 4 ans | Établissements d'hébergement [a] ou [b] ; bâtiments avec IEFC sans preuve de performance |
| 3 (risque faible) | au moins tous les 6 ans | Bâtiments et ouvrages ne figurant pas dans les catégories 1 et 2 |
Deux précisions utiles : la catégorie 1 vise les bâtiments disposant d'IEFC avec preuve de performance et d'installations de mise en surpression, et les plans de maintenance peuvent fixer des intervalles plus courts en fonction de la complexité des équipements et du danger potentiel (NEPI, annexe, « Planification de la maintenance »).
Préparez :
- Le déverrouillage manuel des amenées d'air si besoin
- La coordination avec la maintenance bâtiment, pour que l'installation aéraulique se comporte réellement comme le scénario le prévoit
- Les mesures prévues par le concept ou la preuve de performance. Une mesure anémométrique du débit d'extraction n'est pas systématique : elle se justifie lorsque le concept, la preuve de performance ou les critères de performance de l'installation l'exigent
Comment sdai.ch aide sur le désenfumage
Dans l'éditeur de matrices sdai.ch, les organes de désenfumage sont typés et l'algorithme de détection de conflits signale notamment :
- une installation technique qui reste active alors que le désenfumage est en extraction sur la même zone, situation à confirmer ou à écarter selon le rôle donné à cette installation dans le scénario ;
- les incohérences d'état sur un même terminal entre deux zones ;
- les amenées d'air non reliées au scénario d'extraction.
Ces signalements sont des points à trancher par le concepteur, pas des verdicts de conformité.
Ce qu'il faut retenir
- Toute IEFC doit pouvoir être mise en route à la main depuis un endroit à l'abri de l'incendie (DPI 21-15 § 4.7 al. 1).
- L'activation automatique par la détection dépend du concept et de l'autorité (§ 4.7 al. 2) ; elle est en revanche exigée pour les IEFC avec preuve de performance (§ 4.7 al. 3) et pour les systèmes de mise en surpression (§ 4.8 al. 2).
- Les installations aérauliques s'arrêtent automatiquement sur détection (DPI 25-15 § 3.10), sauf lorsqu'elles participent au désenfumage et satisfont alors aux exigences des IEFC (DPI 21-15 § 4.10).
- Aucune temporisation générique n'est prescrite : les durées et l'ordre viennent du scénario approuvé.
- Les intervalles de tests intégraux sont des minimums : au moins 2 ans (catégorie 1), 4 ans (catégorie 2), 6 ans (catégorie 3) selon la NEPI § 7.4.
Vérifié le 11 août 2026. Cet article est publié à titre informatif et ne se substitue ni au concept de protection incendie approuvé, ni à l'appréciation de l'autorité de protection incendie cantonale, qui peuvent fixer des exigences particulières pour un ouvrage donné. Les scénarios de désenfumage et leur validation relèvent des professionnels compétents. Sources officielles : DPI 21-15 « Installations d'extraction de fumée et de chaleur » (édition 2015, état 14.12.2017), DPI 25-15 « Installations aérauliques » (état 17.12.2020) et NEPI 108-15 « Garantie de l'état de fonctionnement des asservissements incendie » (édition 2020, état 01.08.2022).