SDAI dans les data centers et locaux serveurs : la détection très précoce
Dans certains data centers, une détection très précoce et une extinction automatique sont retenues. Technologies et commandes dépendent du concept et des risques.

Dans un data center, l'incendie ne se manifeste pas d'abord par des flammes : un câble qui surchauffe dégage des aérosols bien avant de brûler, et cette fumée peut corroder et endommager l'électronique. Selon les cas, l'installation est protégée par une extinction à gaz, par une autre technique, ou par aucune. La détection y est donc conçue pour être précoce et pour se coordonner avec les équipements réellement prévus par le concept de protection incendie.
Quelle détection pour une salle serveurs ?
Il n'existe pas de réponse unique. La solution dépend de l'affectation, des conditions ambiantes, du concept de protection incendie approuvé, des prescriptions techniques applicables et des exigences de l'autorité compétente.
Concrètement, le choix se joue sur les objectifs de protection, les mouvements et le taux de renouvellement d'air, la géométrie du local, la présence de faux planchers et de faux plafonds, la hauteur, les risques identifiés, le niveau de sensibilité recherché et l'accessibilité pour l'entretien. La DPI 20-15 pose d'ailleurs le principe général : le type et la disposition des détecteurs dépendent de l'affectation, des conditions d'environnement, de la configuration des locaux et de l'aire de surveillance (ch. 3.1 al. 2).
La détection de fumée par aspiration est souvent retenue dans ce type de local, et elle peut être pertinente, mais elle n'est pas la seule technologie correcte ni une obligation. Le prélèvement d'air peut se faire sur plusieurs niveaux : au plafond, mais aussi dans le faux plancher et dans les armoires, là où circule l'air de refroidissement.
Un point de procédure est souvent oublié. Les détecteurs pour applications spéciales s'utilisent là où les détecteurs ponctuels ne peuvent pas être employés ou seulement de façon limitée, et ces applications spéciales sont soumises à l'autorisation de l'autorité de protection incendie : elles doivent être mentionnées et justifiées lors de l'annonce de l'installation. La directive cite précisément parmi les domaines typiques les installations de traitement de l'information et les salles blanches, au titre des lieux d'accès difficile pour l'entretien (DPI 20-15, ch. 3.9).
Que disent réellement les classes A, B et C ?
La directive SES reprend les trois classes de détecteurs de fumée par aspiration de la norme EN 54-20 : la classe A correspond à une sensibilité très élevée, la classe B à une sensibilité élevée, la classe C à une sensibilité usuelle. La norme EN 54-20 elle-même est un texte payant : ce sont les indications de la directive SES qui sont reprises ici, et non une lecture du texte normatif complet.
Le tableau de la directive SES associe à chaque classe une hauteur de local jusqu'à laquelle elle est appropriée : vingt mètres pour la classe A, seize pour la classe B, douze pour la classe C. Il s'agit d'une hauteur d'aptitude, pas d'une performance garantie ni d'un seuil qui rendrait une classe obligatoire. Les locaux informatiques et les salles blanches y figurent comme exemples d'application de la classe A, ce qui n'en fait pas une exigence.
Deux précisions de la même directive changent la lecture. D'abord, la classe se réfère à la sensibilité de chaque point de captation et non à celle de l'appareil, et les possibilités d'application varient selon le fabricant et le type d'appareil. Ensuite, la transmission de l'alarme au centre de réception officiel est autorisée sans condition pour la classe C ; les classes A et B ne peuvent y être transmises que pour autant qu'elles ne provoquent pas d'alarmes intempestives répétitives (directive SES, ch. 8.3). Cette réserve rejoint la DPI 20-15, qui demande d'accorder plus d'attention à l'immunité contre les fausses alarmes qu'à une sensibilité inutilement élevée (ch. 3.1 al. 3).
Enfin, deux règles de dimensionnement : un groupe de détection individuel est prévu pour chaque détecteur par aspiration, et un même appareil ne peut surveiller au maximum que 1'600 m² d'un même compartiment coupe-feu.
Pourquoi le refroidissement complique-t-il la détection ?
Le brassage d'air permanent de la climatisation dilue la fumée et peut retarder la détection s'il n'est pas pris en compte dès la conception. C'est une raison de traiter les flux d'air comme un paramètre de projet à part entière, et non comme un détail d'installation.
La ventilation peut aussi devenir un équipement asservi. La DPI 20-15 prévoit que les installations de détection peuvent déclencher des dispositifs de protection incendie tels que les fermetures coupe-feu, les installations d'extraction de fumée et de chaleur, les installations de transport et les installations aérauliques (ch. 3.4.3 al. 5). Le verbe est important : il s'agit d'une possibilité, encadrée par le concept de protection incendie, pas d'un automatisme.
Quelle séquence avant une extinction par gaz ?
Il faut d'abord séparer ce qui relève de deux régimes distincts. L'installation de détection d'incendie suit la DPI 20-15 et la directive SES. L'installation d'extinction, elle, relève de ses propres prescriptions et spécifications techniques. Les asservissements font le lien entre les deux, mais ils n'appartiennent ni à l'une ni à l'autre par défaut.
Il faut aussi distinguer le data center du simple local serveurs : un centre de calcul et une armoire technique dans un immeuble de bureaux n'appellent pas les mêmes mesures, et l'extinction au gaz n'est pas systématique.
Lorsqu'une extinction par gaz est effectivement prévue, la séquence type comprend l'arrêt de la ventilation, la fermeture des clapets, une coupure éventuelle de l'alimentation des équipements, une temporisation d'évacuation, puis la décharge. Mais l'existence de chacune de ces commandes, leur ordre et leurs durées dépendent du système d'extinction retenu, de son concept, de l'analyse de risque, des prescriptions techniques applicables, des instructions du fabricant et des exigences de l'autorité. Il n'existe pas d'ordre de commandes universel qui serait valable pour toute salle serveurs.
La double détection, c'est-à-dire la confirmation par l'interdépendance de deux groupes, est une disposition fréquente pour éviter une décharge intempestive. C'est une mesure de conception, pas une exigence universelle applicable à tout local informatique : elle est retenue ou non selon le système d'extinction et le concept approuvé.
Reste que les conséquences d'une erreur sont concrètes : un clapet qui se ferme trop tard, une temporisation mal réglée, une ventilation qui redémarre au mauvais moment, et l'extinction perd son efficacité ou se déclenche alors que des personnes sont encore présentes. Formaliser la séquence dans une matrice d'asservissement, avec pour chaque organe sa position de sécurité et sa catégorie d'activation, aide à rendre ces choix explicites et vérifiables.
À ce sujet, sdai.ch aide à structurer les plans, matrices et données de contrôle selon les informations renseignées. La conception, la validation technique et l'appréciation réglementaire restent sous la responsabilité des professionnels et autorités compétents.
Pourquoi l'enjeu dépasse-t-il la sécurité des personnes ?
Parce qu'un data center abrite en général peu de personnes et beaucoup de données. Une détection tardive ou un asservissement mal réglé se paient aussi en interruption de service, pas seulement en risque humain.
Cela ne change pas l'ordre des priorités réglementaires : la sécurité des personnes reste le premier objectif de protection, et la DPI 20-15 précise que la sensibilité ne doit pas être diminuée exagérément là où cette sécurité doit être garantie.
Sources officielles
- Directive de protection incendie AEAI 20-15 « Installations de détection d'incendie », édition 01.01.2017, état 23.01.2019 ; ch. 3.1 al. 2 et 3, ch. 3.4.3 al. 5, ch. 3.9 : PDF officiel
- Directive SES « Système de détection et d'alarme incendie : Conception, montage et fonctionnement », édition 01.07.2021, ch. 8.3 et tableau 8 ; document fixant l'état de la technique reconnu par la CTPI-AEAI : Association SES
- Norme EN 54-20 (détecteurs de fumée par aspiration) : texte payant, non consulté ; les classes A, B et C sont citées telles que reprises par la directive SES.
- Portail officiel des prescriptions de protection incendie : bsvonline.ch
Vérifié le 12 août 2026. Les prescriptions évoluent, et le concept de protection incendie approuvé comme l'autorité de protection incendie compétente peuvent fixer des exigences particulières pour un objet donné. Cet article ne remplace ni une étude de projet ni une décision de l'autorité.