SDAI dans l'industrie et les entrepôts : détecter en grande hauteur et en milieu difficile
Halles de plus de six mètres, stockage dense, poussière et parfois matières dangereuses : l'industriel pousse la détection dans ses retranchements. Quand l'obligation s'applique, et pourquoi la grande hauteur oriente vers la détection par aspiration.

Une halle industrielle ou un entrepôt de stockage cumule des contraintes que peu d'autres bâtiments réunissent : une grande hauteur sous plafond, des marchandises entassées sur plusieurs mètres, de la poussière, des engins en mouvement, et parfois des matières dangereuses. La détection incendie doit y déceler un feu naissant très loin, très haut, dans un air rarement propre.
Quand la détection s'impose-t-elle dans une halle ou un entrepôt ?
Il n'y a pas d'obligation automatique pour les bâtiments industriels. La DPI 20-15 ouvre une faculté à l'autorité : elle peut exiger que les bâtiments industriels, artisanaux ou administratifs soient surveillés par une installation de détection d'incendie dans trois cas de figure (ch. 2.2.1).
Le premier est double, et les deux conditions vont ensemble : il faut que la surface maximale de compartiment coupe-feu indiquée dans la directive « Distances de sécurité incendie, systèmes porteurs et compartiments coupe-feu » soit dépassée, et que l'installation de détection représente une mesure judicieuse sur le plan de la protection incendie, compte tenu de l'affectation actuelle. Le deuxième vise les situations où il faut s'attendre à des incendies se propageant lentement, par exemple des feux couvants, typiques de certains stockages. Le troisième est le cas où l'eau ne peut pas être utilisée comme agent extincteur : les protections classiques par eau tombent alors, et le poids se reporte sur la détection précoce.
Ces motifs ne sont pas les seuls chemins possibles. Une installation peut aussi découler de l'affectation elle-même, être retenue comme mesure compensatoire dans un concept de protection incendie, ou encore être exigée par l'autorité pour un bâtiment ou un ouvrage particulier (ch. 2.3). Il est important de ne pas confondre ces trois logiques : la première relève de la prescription, la deuxième d'un arbitrage de conception, la troisième d'une décision d'autorité.
Ce que la grande hauteur change vraiment
Plus le plafond est haut, plus la fumée se dilue et se refroidit avant d'atteindre un détecteur ponctuel, et plus la détection tarde. C'est un fait physique, mais il ne se traduit pas par un seuil national en mètres qui rendrait un type de détection obligatoire.
Les prescriptions restent qualitatives sur ce point. La DPI 20-15 range les « locaux de grande hauteur de plafond (halles, etc.) » parmi les domaines d'application typiques des détecteurs pour applications spéciales, sans fixer de hauteur chiffrée (ch. 3.9). Et ces applications spéciales sont soumises à l'autorisation de l'autorité de protection incendie : elles doivent être mentionnées et justifiées lors de l'annonce de l'installation.
Les seuls seuils de hauteur réellement chiffrés portent sur autre chose. La norme de protection incendie définit les entrepôts à hauts rayonnages comme des entrepôts à rayonnages avec allées dont la hauteur, mesurée du sol au sommet des marchandises sur l'étagère la plus haute, dépasse 7,50 m (Norme 1-15, art. 13 al. 2 let. e). La directive SES reprend la même valeur pour les installations de stockage de grande hauteur, où elle considère qu'un système de détection de fumée est essentiel, des détecteurs de flammes pouvant s'y ajouter utilement (ch. 20).
Aspiration, détecteurs linéaires : ce que dit la directive SES
La directive SES reprend les trois classes de détecteurs de fumée par aspiration de la norme EN 54-20 : classe A pour une sensibilité très élevée, classe B pour une sensibilité élevée, classe C pour une sensibilité usuelle. La norme EN 54-20 est un texte payant, non consulté ici ; ce sont les indications de la directive SES qui sont reprises.
À chaque classe correspond une hauteur de local jusqu'à laquelle elle est appropriée : vingt mètres pour la classe A, seize pour la classe B, douze pour la classe C. Ces valeurs sont des hauteurs d'aptitude, pas des obligations : elles disent jusqu'où une classe reste utilisable, pas à partir de quand elle devient exigée. Il n'existe pas de règle qui imposerait une classe donnée en fonction de la hauteur d'une halle.
Deux règles de dimensionnement encadrent la couverture d'un système par aspiration : au maximum 1'600 m² d'un même compartiment coupe-feu peuvent être surveillés avec un détecteur de fumée par aspiration, et un groupe de détection individuel est prévu pour chacun d'eux. Le nombre de locaux surveillés par appareil est également limité, à vingt lorsque l'asservissement d'une lampe témoin par local est possible, à deux locaux adjacents et bien signalisés dans le cas contraire (ch. 8.3).
Le détecteur de chaleur de type linéaire peut constituer une solution adaptée dans certains environnements : la directive SES le cite pour les applications externes comme les dépôts d'hydrocarbures et les quais de chargement, la surveillance de transformateurs, les caniveaux et galeries de câbles, les conditions difficiles telles que la corrosion ou la température, et les tunnels (ch. 8.5). Ce n'est pas pour autant une solution universelle en milieu industriel.
Poussière, conditions ambiantes et matières dangereuses
Ces sujets se traitent séparément, parce qu'ils n'appellent pas les mêmes réponses. La poussière soulevée par les chariots et les travaux est une source reconnue d'alarmes intempestives pour les détecteurs de fumée, au même titre que les gaz d'échappement, la vapeur d'eau, le brouillard ou le rayonnement thermique (directive SES, ch. 13.2). La corrosion et la température relèvent plutôt du choix de la technologie et de la tenue du matériel ; les mouvements d'air, de la conception de l'implantation ; le stockage dense, de la géométrie et de l'accès pour l'entretien.
Les matières dangereuses forment un cas à part, et la logique de la DPI 26-15 est souvent présentée à l'envers. Cette directive, dans son édition du 1er avril 2026, ne prescrit pas de « concept de détection » au-delà d'une quantité donnée. Elle fixe des quantités maximales autorisées par compartiment coupe-feu, en trois colonnes : sans installation de détection d'incendie ni sprinklers, avec une installation de détection d'incendie, avec une installation sprinklers (ch. 3.2 al. 1). La présence d'une détection relève donc le plafond admissible ; elle n'est pas déclenchée par un seuil.
Concrètement, les liquides inflammables non classifiés et les solides inflammables non classifiés passent de 100 tonnes sans installation à 400 tonnes avec une installation de détection d'incendie, et 2'400 tonnes avec sprinklers. Pour les liquides inflammables des catégories 1 à 3 et les matières solides inflammables des catégories 1 et 2, la limite est de 200 tonnes avec détection et de 600 tonnes avec sprinklers. Les liquides comburants de catégorie 1 et les peroxydes organiques de catégorie 1 relèvent de cette même ligne du tableau, avec les mêmes valeurs. En revanche, les matières qui dégagent au contact de l'eau des gaz inflammables pouvant s'enflammer spontanément sont limitées à 50 tonnes sans installation et à 200 tonnes avec détection, sans option sprinklers. Ces valeurs valent en outre comme taille maximale du compartiment coupe-feu en mètres carrés, cette taille pouvant au maximum doubler lorsque la quantité entreposée est inférieure à 1'000 kg/m².
Comment coordonner détection et extinction ?
Détection, sprinklers, extinction spéciale et asservissements sont quatre choses distinctes. La détection décèle et signale ; elle peut, si le concept le prévoit, actionner d'autres équipements de protection incendie. Les sprinklers agissent sur le foyer. Une extinction spéciale répond à un risque particulier. Les asservissements sont le lien commandé entre ces systèmes.
Beaucoup de sites industriels combinent détection et sprinklers, mais la façon dont l'alarme est reportée et les essais qui sont conduits ne sont pas identiques d'une installation à l'autre : ils dépendent des équipements réellement présents, du concept approuvé et des exigences de l'autorité. Formaliser ces liens dans une matrice d'asservissement aide à rendre explicites l'ordre des commandes, les positions de sécurité et les catégories d'activation retenues.
sdai.ch aide à structurer les plans, matrices et données de contrôle selon les informations renseignées. La conception, la validation technique et l'appréciation réglementaire restent sous la responsabilité des professionnels et autorités compétents.
Sources officielles
- Norme de protection incendie AEAI 1-15, édition 01.01.2015, art. 13 al. 2 let. e : PDF officiel
- Directive de protection incendie AEAI 20-15 « Installations de détection d'incendie », édition 01.01.2017, état 23.01.2019 ; ch. 2.2.1, 2.3 et 3.9 : PDF officiel
- Directive de protection incendie AEAI 26-15 « Matières dangereuses », édition 01.04.2026, ch. 3.2 : PDF officiel
- Directive SES « Système de détection et d'alarme incendie : Conception, montage et fonctionnement », édition 01.07.2021, ch. 8.3, 8.5, 13.2 et 20 : Association SES
- Portail officiel des prescriptions de protection incendie : bsvonline.ch
Vérifié le 12 août 2026. Les prescriptions évoluent, et le concept de protection incendie approuvé comme l'autorité de protection incendie compétente peuvent fixer des exigences particulières pour un objet donné. Cet article ne remplace ni une étude de projet ni une décision de l'autorité.