Asservir les portes et clapets coupe-feu à la détection : compartimentage et matrice
Le compartimentage ne tient que si les portes et clapets coupe-feu se ferment au bon moment. Qui commande cette fermeture selon le concept, le principe de position sûre en cas de coupure, et ce qui figure vraiment dans la matrice d'asservissement.

Le compartimentage ne vaut que fermé
Un bâtiment est découpé en compartiments coupe-feu pour contenir un incendie et gagner le temps de l'évacuation. Mais une porte coupe-feu bloquée ouverte ou un clapet de ventilation resté béant annule cette protection : fumée et flammes passent. L'enjeu est donc de remettre ces barrières en position en cas d'incendie. C'est l'un des asservissements incendie les plus courants, et l'un des plus critiques, mais le déclencheur n'est pas toujours la centrale DI : selon le concept retenu, la fermeture peut aussi être commandée localement, voire relever d'un mécanisme purement thermique.
Portes coupe-feu maintenues ouvertes : le rappel par la détection
Beaucoup de portes coupe-feu sont, pour des raisons d'exploitation, maintenues ouvertes au quotidien (passage, flux, confort). La directive de protection incendie DPI 15-15 « Distances de sécurité incendie, systèmes porteurs et compartiments coupe-feu » l'admet à une condition, posée au § 3.4 al. 5 : les fermetures coupe-feu et étanches aux fumées maintenues ouvertes pour des impératifs d'exploitation doivent être équipées d'un dispositif de fermeture automatique en cas d'incendie. Concrètement, des ventouses électromagnétiques tiennent la porte ouverte ; l'alimentation est coupée au moment voulu et la porte se referme sous l'action de son ferme-porte.
Point important, souvent mal lu : la directive impose la fermeture automatique, pas l'origine du signal. Rien n'exige que ce signal vienne de la centrale DI. La NEPI 108-15 décrit d'ailleurs explicitement l'alternative, l'activation individuelle : au moins deux détecteurs de fumée indépendants de l'installation de détection d'incendie, placés dans les deux compartiments coupe-feu ou zones de cantonnement voisins, à proximité immédiate de l'équipement asservi, qui commandent la fermeture directement ou via une unité de commande. Un système reconnu (ferme-porte avec dispositif d'arrêt commandé par un détecteur de fumée) est également admis. Cette solution locale est prévue lorsque l'équipement asservi se trouve hors de l'étendue de la surveillance, ou lorsque le bâtiment ne dispose d'aucune installation de détection d'incendie.
Ce qui tranche entre les deux, c'est le concept de protection incendie et le concept d'asservissements : c'est lui qui détermine la catégorie d'asservissement retenue et donc si la fermeture est pilotée par la centrale DI ou par un dispositif local (NEPI 108-15 § 6.1 al. 2).
Clapets coupe-feu de ventilation
Le même principe vaut pour la ventilation, avec sa directive propre : la DPI 25-15 « Installations aérauliques ». Les conduits qui franchissent une paroi ou un plancher formant compartiment coupe-feu sont équipés de clapets coupe-feu de résistance au feu EI 30-S au minimum (§ 3.8.1 al. 2 et § 3.8.2 al. 1).
La règle n'est toutefois pas absolue : le § 3.8.2 al. 2 énumère les cas où le montage de clapets coupe-feu n'est pas obligatoire, notamment lorsque plusieurs compartiments sont ventilés ensemble sous réserve du concept constructif, dans les bâtiments administratifs et scolaires dont les compartiments ventilés ensemble n'excèdent pas 1'200 m², dans les établissements d'hébergement et les bâtiments d'habitation jusqu'à 600 m², dans la ventilation des salles d'eau, ou lorsque les conduits restent séparés jusqu'à la centrale de ventilation. Un plan qui suppose un clapet à chaque traversée peut donc décrire autre chose que ce que le projet exige.
Deux exigences de cette directive changent la façon de concevoir la matrice :
- chaque clapet coupe-feu est équipé d'un dispositif de commande et d'un dispositif de déclenchement thermique, et se ferme automatiquement lors de l'arrêt de l'installation aéraulique, en cas de réaction du déclenchement thermique ainsi que lors d'une défaillance du système de commande (§ 3.8.1 al. 4 et 5). Autrement dit, une part de la sécurité est mécanique et ne dépend d'aucun asservissement ;
- les installations aérauliques doivent s'arrêter automatiquement en cas de réaction des installations de détection ou d'extinction d'incendie, en cas de réaction des détecteurs de fumée pour gaines, ainsi qu'en cas de déclenchement thermique des clapets coupe-feu (§ 3.10 al. 1). En l'absence de détection, l'arrêt manuel depuis un endroit facilement accessible suffit (§ 3.10 al. 2).
Pour la ventilation des voies d'évacuation, la directive admet expressément les deux voies : les clapets coupe-feu sont équipés d'un détecteur de fumée pour gaines ou reliés à une installation de détection d'incendie existante (§ 4.1.2 al. 2). Reste la coordination délicate avec le désenfumage : il faut éviter qu'un clapet se ferme sur un volume que le scénario cherche justement à désenfumer.
La position sûre en cas de coupure : le principe Fail-Safe
Que se passe-t-il si la liaison entre la centrale et l'organe asservi est coupée ? La directive SES distingue deux familles d'équipements (SES-DT § 10.1 al. 4 et al. 5) :
- ceux qui adoptent de manière autonome (mécaniquement) une position sûre en cas d'interruption, par exemple une porte qui se referme dès que l'alimentation tombe. Ils font exception à l'obligation de surveillance permanente de la voie, justement parce qu'une coupure les met d'office en sécurité ;
- ceux qui n'adoptent pas seuls cette position sûre : ils doivent alors disposer d'un détecteur de tension, et toute interruption est signalée comme dérangement et transmise à un poste occupé en permanence.
Ce principe, dit Fail-Safe, est central : un bon asservissement coupe-feu est conçu pour que la panne elle-même conduise à la sécurité, pas à l'ouverture.
De l'asservissement à la matrice : ce qui y figure vraiment
Il est tentant de résumer la chose ainsi : « une porte, une ligne de matrice ». C'est inexact, et la NEPI 108-15 est précise sur ce point. La matrice des asservissements incendie est le tableau qui donne une vue d'ensemble des relations entre les zones d'activation (selon le plan des zones) et les équipements de protection incendie asservis, avec les actions à effectuer. Les scénarios y relient les zones d'activation aux positions ou fonctions de ces équipements.
Trois conséquences pratiques :
- une porte ou un clapet n'entre dans la matrice que s'il est effectivement asservi. Un clapet qui ne se ferme que par son déclenchement thermique et à l'arrêt de la ventilation, sans être piloté, n'est pas une sortie d'asservissement ;
- une fermeture pilotée par une activation individuelle (deux détecteurs locaux indépendants de la centrale DI) relève du concept, mais ne constitue pas une relation zone d'activation vers équipement dans la matrice de l'installation ;
- ce qui est représenté n'est pas nécessairement un organe par colonne, mais la fonction ou la position sûre attendue de l'équipement pour un scénario donné.
Un zonage cohérent (voir structurer les zones de détection) reste la condition d'une matrice sélective, compartiment par compartiment, plutôt qu'une fermeture générale au moindre incident. La matrice sert aussi à repérer les conflits : une même gaine ne peut pas être simultanément mise en surpression pour le désenfumage et coupée par un clapet. Ces incohérences se détectent sur le papier, avant le chantier.
Les essais : ce que couvre réellement le test intégral
Un asservissement n'est réputé fonctionnel que prouvé. Mais le périmètre du test intégral est défini, et il ne consiste pas à déclencher un par un tous les détecteurs du bâtiment : selon la NEPI 108-15 § 6.4.2 al. 5, les tests intégraux doivent être effectués pour toutes les zones d'activation, aussi bien via l'activation automatique que via l'activation manuelle. On vérifie donc les relations prévues au plan des zones et à la matrice, zone d'activation par zone d'activation, avec un test de black-out (§ 6.4.2 al. 6). Le contrôle du bon fonctionnement de chaque élément pris isolément relève, lui, des tests individuels en amont (§ 6.4.1) et des contrôles du fonctionnement en exploitation (voir réception et mise en service).
Toute modification ultérieure (ajout d'une porte, déplacement d'un clapet) impose de nouveaux essais dont l'étendue dépend de l'ampleur et du type des modifications (§ 7.1 al. 7).
Ce qu'il faut retenir
- Le compartimentage ne protège que si portes et clapets coupe-feu se ferment.
- Une fermeture maintenue ouverte doit disposer d'un dispositif de fermeture automatique en cas d'incendie (DPI 15-15 § 3.4 al. 5) ; ce dispositif n'est pas nécessairement commandé par la centrale DI, une activation individuelle locale pouvant être admise selon le concept (NEPI 108-15).
- Les clapets coupe-feu combinent commande et déclenchement thermique, et se ferment aussi à l'arrêt de la ventilation ou en cas de défaillance de la commande (DPI 25-15 § 3.8.1).
- Toutes les portes et tous les clapets ne sont pas des sorties de matrice : la matrice relie les zones d'activation aux fonctions ou positions des équipements asservis.
- Le test intégral couvre les zones d'activation et les relations prévues, pas chaque détecteur.
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Vérifié le 11 août 2026. Cet article est publié à titre informatif et ne se substitue ni au concept de protection incendie approuvé, ni à l'appréciation de l'autorité de protection incendie cantonale, qui peuvent fixer des exigences particulières pour un ouvrage donné. La conception et la validation restent du ressort des professionnels compétents. Sources officielles : DPI 15-15 « Distances de sécurité incendie, systèmes porteurs et compartiments coupe-feu », DPI 25-15 « Installations aérauliques » et NEPI 108-15 « Garantie de l'état de fonctionnement des asservissements incendie » (édition 2020, état 01.08.2022) ; directive SES « Système de détection et d'alarme incendie » (édition 01.07.2021, ch. 10).