Qui peut concevoir et installer un SDAI en Suisse ? Assurance qualité, agrément AEAI et responsabilités
Une détection incendie n'est pas un produit comme un autre : sa conception et son installation relèvent d'un devoir d'assurance qualité et de la reconnaissance AEAI. Qui fait quoi, qui répond de quoi, et comment choisir un prestataire fiable.

Une installation de sécurité, pas un produit comme un autre
Choisir un prestataire pour une détection incendie n'est pas un achat ordinaire. Une installation mal conçue ou mal posée ne se voit pas tant qu'un incendie ne survient pas, et c'est précisément ce qui en fait un enjeu de sécurité publique. Le cadre normatif suisse encadre donc qui peut concevoir, installer et entretenir un SDAI, et comment la qualité en est garantie sur toute la durée de vie du bâtiment.
La règle centrale : une entreprise de détection reconnue par l'AEAI
C'est la disposition à connaître avant toute autre, et elle ne laisse pas de marge d'interprétation. La directive de protection incendie DPI 20-15 § 3.8.1 al. 3 énonce : les installations de détection d'incendie doivent être conçues, montées et entretenues par des entreprises de détection d'incendie reconnues par l'AEAI.
Les trois verbes comptent autant l'un que l'autre. La reconnaissance ne concerne pas seulement la pose : elle couvre la conception, le montage et l'entretien. Deux dispositions la prolongent :
- l'installation doit porter un marquage permettant d'identifier l'entreprise responsable, qui doit être reconnue par l'AEAI, ainsi que le fabricant (§ 3.1 al. 4) ;
- le projet doit être soumis à l'autorité avant le début des travaux exécutés par une entreprise spécialisée et agréée par l'AEAI (§ 4.1 al. 1), et l'évaluation après 15 ans de service est annoncée à l'autorité par l'entreprise reconnue (§ 4.5 al. 3).
C'est également l'autorité de protection incendie qui statue sur la reconnaissance des entreprises et des personnes spécialisées de la protection incendie (norme AEAI 1-15, art. 14 al. 2). La reconnaissance n'est donc ni un label commercial, ni une auto-déclaration.
Concept de protection incendie et conception technique du SDAI : deux choses distinctes
La confusion la plus fréquente consiste à mélanger deux niveaux d'étude qui n'obéissent pas aux mêmes règles :
- le concept de protection incendie de l'ouvrage (et, le cas échéant, le concept d'asservissements incendie) relève de la conception générale : il détermine les mesures, les objectifs de protection et la catégorie d'asservissements. Il est établi lorsque le danger d'incendie, le nombre d'occupants, le type ou la taille de l'ouvrage l'exigent, ou si l'autorité le demande (norme AEAI 1-15, art. 57), et il est examiné par l'autorité, qui vérifie qu'il est complet, compréhensible et plausible (art. 60 al. 1) ;
- la conception technique de l'installation de détection (étendue de la surveillance dans le détail, choix et disposition des détecteurs, groupes, câblage, programmation) relève, elle, de l'exigence du § 3.8.1 al. 3 : elle doit être assurée par une entreprise de détection reconnue par l'AEAI.
Autrement dit, un ingénieur feu ou un bureau d'études non reconnu peut parfaitement porter le concept de protection incendie, coordonner les corps de métier, rédiger le concept d'asservissements et assumer la responsabilité globale prévue par la NEPI 108-15 (§ 6.1 al. 1). Mais il ne peut pas se substituer, seul, à l'entreprise reconnue pour la conception technique réglementée du SDAI, son montage et son entretien. Sur un projet réel, les deux rôles coexistent et se documentent.
Le devoir d'assurance qualité
Le point de départ est la norme de protection incendie AEAI, qui pose un devoir d'assurance qualité (norme AEAI, art. 17). Une assurance qualité efficace de la protection incendie doit être garantie pendant toute la durée de vie du bâtiment ou de l'ouvrage, et les mesures correspondantes reposent sur des critères de détermination liés au risque.
Autrement dit, le niveau d'exigence n'est pas uniforme : plus l'enjeu est élevé (nombre de personnes, complexité, type d'affectation), plus l'assurance qualité attendue est poussée. Cette graduation se décide en amont, au moment de qualifier le projet, et non après coup. Elle rejoint le critère même de l'obligation de détection (voir quand la détection est-elle obligatoire).
Produits et entreprises reconnus par l'AEAI
La qualité ne se déclare pas, elle se prouve. Pour statuer sur l'utilisation d'un produit de protection incendie, l'autorité s'appuie sur des preuves (norme AEAI 1-15, art. 14 al. 3) : déclarations de performance selon la loi sur les produits de construction, attestations d'essai et certificats d'organismes de contrôle et de certification accrédités, ou répertoire de la protection incendie de l'AEAI.
Côté détection, la règle est resserrée : seuls des composants de détection d'incendie bénéficiant d'une déclaration de performance ou d'un renseignement technique AEAI sont autorisés (DPI 20-15 § 3.8.1 al. 5).
Que se passe-t-il pour un produit sans preuve ni reconnaissance AEAI ? Il n'est pas admissible d'office. C'est l'autorité de protection incendie qui décide de son utilisation, et seulement dans la mesure où son aptitude à l'emploi est démontrée par l'expérience, l'état de la technique, des résultats d'essais ou des calculs selon des méthodes reconnues (norme AEAI 1-15, art. 16). La nuance est décisive sur un chantier : la démonstration d'aptitude ne dispense pas de la décision de l'autorité, elle la conditionne.
Pour un maître d'ouvrage, c'est un repère concret : vérifier la reconnaissance des composants et la qualification de l'entreprise est la première garantie d'une installation conforme. Cela vaut autant pour le matériel (centrale, détecteurs) que pour l'entreprise qui conçoit et pose. La directive SES parle dans le même sens de l'« entreprise d'installation compétente reconnue AEAI » (SES-DT § 9.2 al. 2), et réserve les travaux de réparation et de maintenance à une entreprise spécialisée reconnue par l'AEAI, détentrice de l'attestation d'utilisation pour le système concerné (SES-DT § 12.1 al. 7).
Le responsable de l'installation et la chaîne des responsabilités
Sur un projet, plusieurs acteurs interviennent, et chacun porte une part de responsabilité.
| Acteur | Rôle | Responsabilité principale |
|---|---|---|
| Auteur du concept de protection incendie (ingénieur feu, bureau d'études) | Établit le concept, les objectifs de protection, le concept d'asservissements | Cohérence du concept, soumis à l'examen de l'autorité |
| Responsable global des asservissements incendie (NEPI § 6.1) | Coordonne les interfaces, planifie et conduit les tests intégraux | Assurance qualité des asservissements, toutes disciplines confondues |
| Entreprise de détection reconnue par l'AEAI | Conçoit, monte et entretient l'installation de détection, atteste | Conformité technique du SDAI (DPI 20-15 § 3.8.1 al. 3) |
| Propriétaire / exploitant | Exploite, entretient, fait contrôler | Maintien de l'état de fonctionnement |
Un point souvent mal compris : le contrôle de réception par l'autorité ne décharge pas l'entreprise spécialisée de sa responsabilité (SES-DT § 11.3). Et après la réception, la responsabilité de garantir l'état de fonctionnement passe aux propriétaires et exploitants. La sécurité ne se sous-traite pas entièrement : elle se partage et se documente.
Du choix du prestataire à la réception
Concrètement, la qualité se vérifie tout au long de la chaîne :
- Qualification : entreprise de détection reconnue par l'AEAI pour concevoir, monter et entretenir, références sur des installations comparables.
- Conception : concept clair, zones et matrice d'asservissement documentées.
- Réalisation : composants reconnus, installation conforme au concept.
- Réception : attestation d'installation, contrôle de l'autorité, procès-verbal signé (voir réception et mise en service).
- Exploitation : maintenance et contrôles périodiques assurés dans la durée.
Pour le cadre normatif d'ensemble qui orchestre tout cela, voir aussi l'essentiel de la norme AEAI 2015.
Ce qu'il faut retenir
- Les installations de détection d'incendie doivent être conçues, montées et entretenues par des entreprises de détection reconnues par l'AEAI (DPI 20-15 § 3.8.1 al. 3).
- Le concept général de protection incendie et la conception technique du SDAI sont deux niveaux distincts : un bureau non reconnu peut porter le premier, pas assurer seul le second.
- La protection incendie est soumise à un devoir d'assurance qualité sur toute la durée de vie du bâtiment (norme AEAI 1-15, art. 17), gradué selon le risque.
- Seuls des composants avec déclaration de performance ou renseignement technique AEAI sont autorisés en détection ; un produit sans preuve ni reconnaissance n'est pas admissible d'office, c'est l'autorité qui décide, l'aptitude à l'emploi étant démontrée (norme AEAI 1-15, art. 16).
- Le contrôle de l'autorité ne décharge pas l'entreprise ; après réception, l'exploitant devient responsable du maintien en état.
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Vérifié le 11 août 2026. Cet article est publié à titre informatif et ne se substitue ni au concept de protection incendie approuvé, ni à l'appréciation de l'autorité de protection incendie cantonale, qui peuvent fixer des exigences particulières pour un ouvrage donné. La répartition effective des rôles sur un projet relève des professionnels compétents et de l'autorité. Sources officielles : norme de protection incendie AEAI 1-15 (art. 14, 16, 17, 57 et 60) et DPI 20-15 « Installations de détection d'incendie » (§ 3.8.1) ; directive SES « Système de détection et d'alarme incendie » (édition 01.07.2021).